Banque de France : un projet funeste sous couvert d’Europe

Par Georges DAUJAT


 

 

Un projet de réforme du réseau de la Banque de France a été présenté le vendredi 7 février par le Secrétaire Général Yves Barroux. Devant le tollé immédiat, dès le 10 février le gouverneur Trichet s’est démarqué du rapport, mais comment pouvait-il ne pas être au courant ?

 

Le projet de réforme du réseau.

Le rapport évoque  l’hypothèse de la régionalisation avec 189 fermetures sur 211 mais il préconise plutôt 62 maintiens (37 succursales de plein exercice, 9 succursales sans caisse et 17 antennes) donc 149 fermetures en 10 ans.....sans licenciements bien sûr mais avec la suppression de 3200 postes sur les 9293 actuels. Mais il y aurait une incidence sur les effectifs des services centraux non négligeable ( - 2000 ?).

 

Les raisons de ce projet.

la normalisation européenne est mise en avant pour justifier l’injustifiable :  il existe en France 3,6 succursales par million d’habitants conte 1.4 en Europe.

La remise en cause de l’existence de ce réseau s’appuie sur une « nécessaire » harmonisation européenne du S.E.B.C. (système européen de banques centrales) bien que rien dans les traités ne prévoie ce démantèlement. Les autres pays européens sont allés assez loin dans la réduction des réseaux nationaux : la RFA passe de 125 succursales à 70 sur 4 ans et l’Espagne de 52 à 22 en 2004, l’Italie conservant 99 succursales.

On décèle deux  buts réels d’une telle réforme du réseau de la Banque de France :

-        tout d’abord la baisse des dépenses publiques. Ce projet permettrait d’  « économiser »  240 millions d’euro par an. N’oublions pas que déjà, 2 plans sociaux dans le domaine de la fabrication des billets ont réduit les effectifs de 60% en 10 ans.

-        mais aussi la mise sous le boisseau d’un outil de politique économique, mis en place par le Premier Consul et que le Front Populaire a mis au service de la Nation toute entière.

 

Le nécessaire maintien du réseau pour assurer ses missions

La Banque de France reste un service public pour toutes ses attributions que la mise en place d’une politique monétaire conduite depuis Francfort lui laisse. Cela implique notamment que sa réorganisation entre dans la politique d’aménagement du territoire et  passe par une concertation avec les préfets et les élus locaux.

Les missions du réseau de la Banque de France sont les suivantes :

-         tenue de comptes de particuliers : le but est de donner cette activité concurrentielle au secteur privé.

-         traitement physique des valeurs interbancaires, qui sont de plus en plus dématérialisées.

-         circulation et contrôle de la monnaie fiduciaire. La B.D.F. est le pivot de la sécurité des transports de fonds.

-         secrétariat de la commission de surendettement des particuliers

-         traitement préventif des entreprises en difficultés

-         enquêtes de conjoncture qui fournissent au décideurs des informations de terrains

-         suivi (dirigeants, liens financiers, incidents de paiement…) et cotation des entreprises

-         réalisation d’expertises financières pour des organismes publics.

 

Ces missions sont essentielles pour l’Economie de la France, elles ne seront plus ou pas accomplies avec un réseau réduit à la portion congrue. Il est patent qu’après le tournant de 1936 qui a mis la B.D.F. au service de la Nation, une deuxième évolution marquante s’annonce, qui tend à supprimer ce qu’il reste d’obstacles au libre-jeu du marché.

 

Ce projet se heurte à une double opposition, tant les conséquences sociales qu’économiques sont inacceptables, de la part :

-         des salariés d’une part, qui craignent les conséquences sociales inévitablement négatives  et qui se sont impliqués dans une journée de grève bien suivie 13 février dernier. Une manifestation nationale en mars est envisagée.

-         des élus locaux* d’autre part,  notamment l’Association des Maires de France, qui s’opposent au démantèlement d’une institution rendant de nombreux services à l’économie et qui s’inquiètent d’une perte d’attractivité des villes moyennes, là où la succursale de la Banque de France disparaîtrait.

 

 

* Nous noterons que ceux qui prônent le « moins d’état » - et qu’est ce que la Banque de France sinon un des symboles de la France jacobine, centralisatrice et donc honnie ? -  ne sont pas les moins virulents pour la défense de leur implantation locale.