S.N.C.M. : le dessous des cartes par GEORGES SARRE

Ancien Secrétaire d’Etat aux Transports

Porte-parole du Mouvement Républicain et Citoyen

 

Le conflit social qui, à l’initiative des indépendantistes du Syndicat des Travailleurs Corses, a paralysé ces dernières semaines la Société Nationale Corse Méditerranée, a eu pour principal effet de déstabiliser encore un peu plus cette compagnie. Au-delà du débat important sur la « corsisation » des emplois face aux principes républicains, il faut se demander à qui profite cette déstabilisation…

Au nom des principes républicains, j’ai, avec d’autres, dénoncé l’introduction dans l’accord conclu entre la Direction de la SNCM et le STC, le 19 septembre dernier, du nouveau concept de « rééquilibrage des emplois entre régions », fondé sur l’origine ou la résidence régionales. En effet, ce concept prête à de dangereuses interprétations de la notion de préférence régionale… Le risque était fort d’une dérive ethniciste intolérable. On peut penser que le nouvel accord intervenu le 24 septembre, cette fois entre la Direction et l’intersyndicale, revient sur cette clause. Mais la direction de la SNCM s’en défend. Comprenne qui pourra ! Ce qui est certain, c’est l’appui coupable que Matignon a donné à cet errement inadmissible, alors que le gouvernement a pour première mission de faire respecter le principe républicain d’égalité des citoyens devant la loi commune, qui exclut la discrimination à l’embauche fondée sur l’origine géographique.

Cette première dérive se double d’une autre, également dangereuse, résultant de la confusion entre syndicalisme et autonomisme. En effet, s’il est incontestable que le STC est fondé, comme syndicat, même très minoritaire à la SNCM, à engager un conflit sur la base de revendications salariales, on peut cependant se demander comment il justifie la présence à ses côtés des leaders indépendantistes, pendant la durée du conflit. Une telle confusion des revendications syndicales et politiques est lourde de dangers car elle accrédite l’idée de manipulations des personnels par les syndicalistes et indépendantistes.

Mais au-delà des revendications syndicales et des manipulations politiques, on peut s’interroger sur le but que peuvent avoir les indépendantistes à ouvrir une crise à la SNCM. Les indépendantistes surfent sur le malaise du chômage en Corse. Et si leur but ultime n’était pourtant ni social, ni même véritablement politique ? S’il n’était, en l’espèce, que d’affaiblir la compagnie nationale SNCM ? Et si le jackpot des dotations de continuité territoriale était le véritable enjeu ?

En premier lieu, il faut bien souligner que cette grève, déclenchée par quelques dizaines de membres du STC, a eu pour effet, sinon pour but principal, d’affaiblir financièrement la SNCM, compagnie nationale, au seul profit de la compagnie privée concurrente CORSICA FERRIES qui porte haut le fameux pavillon « à tête de maure », mais n’emploie sur ses bateaux pas un seul officier ou marin français, ni insulaire, ni continental ! Pourquoi les indépendantistes, mais aussi l’Exécutif régional (qui verse à cette compagnie des subventions de continuité territoriale, allouées par le budget de l’Etat), ne s’émeuvent-ils pas de cette absence de navigants corses sur les navires de cette compagnie locale ? Pas plus d’ailleurs que le Ministre des Finances ne s’intéresse, comme il le devrait, à l’origine des capitaux de cette compagnie…

 

En second lieu, derrière les aspects politiques et sociaux de ce conflit, il faut bien mesurer les aspects financiers qui sont en jeu. Car, il faut savoir que les crédits de continuité territoriale versés par le Ministère de l’Intérieur à la Collectivité Territoriale de Corse, et redistribués aux différentes compagnies de transports maritimes et aériens assurant des liaisons entre le continent et l’île, représentent prés de  200 Millions d’Euros par an et suscitent bien des convoitises locales….  Affaiblie par plusieurs conflits, concurrencée par Corsica Ferries, et montrée du doigt parce qu’elle ne satisfait pas les exigences ethnico-sociales des indépendantistes, la SNCM est  donc sur la sellette. Et on peut légitimement se poser la question: toute cette mise en scène n’a-t-elle pas eu pour seul but que de préparer la liquidation de la compagnie nationale et la création d’une compagnie régionale corse, à laquelle serait localement réservée à l’avenir, les emplois et les subventions de l’Etat ?

Paris, le 22 septembre 2004

 

 

Dérive ethniciste à la SNCM : Jacques CHIRAC doit faire retour aux principes républicains.

 

 

Matignon a fait savoir hier qu’il approuvait le contenu de l’accord conclu entre la direction de la SNCM et le syndicat minoritaire séparatiste STC, visant à la corsisation des emplois à la SNCM. Soit le Premier Ministre ne sait pas lire, soit il accepte sciemment une orientation digne de Jean-Marie LE PEN. Le Président de la République ne peut l’admettre.

 

Matignon croit pouvoir finasser sur les mots en refusant de lire, derrière le verbiage de l’accord, l’objectif discriminatoire de « corsisation » des emplois. Il ne suffit pas de masquer l’ethnicisation derrière la langue de bois pour la rendre admissible. Toute notion de « rééquilibrage » signifie nécessairement que d’autres critères que la compétence et le droit du travail seront pris en compte dans le recrutement ; lesquels ? Le fait d’être « Corse », évidemment. Il s’agit donc d’une corsisation des emplois.

 

Patrick DEVEDJIAN a eu parfaitement raison de pointer du doigt cette approche « ethnique scandaleuse », et il est dommage que le gouvernement ait finalement décidé de céder à la pression d’une poignée d’extrémistes.

 

J’en appelle au Président de la République, garant des principes républicains, pour désavouer la dérive de son gouvernement et faire annuler l’accord. Il ne peut tolérer, a fortiori au vu des circonstances dans lesquelles il a été élu, cette dérive ethniciste. Pas plus qu’il ne peut admettre que la France retourne à l’Ancien Régime, lorsque, comme disait Voltaire, on changeait plus souvent de lois que de chevaux pour la traverser.

 

Service minimum : Mission impossible

 

Créer un service minimum dans les transports en commun est une entreprise qui relève des travaux d'Hercule, voire d'une mission impossible.

En effet, il faut ne jamais prendre le métro ou les trains de banlieue pour penser que le service minimum peut être mis en œuvre : chaque matin, chaque fin d'après-midi, c'est la cohue. A ces heures, c’est toute l’année le service minimum ! Dès lors, les jours de conflits, on imagine mal un dispositif de service minimum qui permettrait à la SNCF et la RATP de déterminer ceux qui pourraient prendre le train ou monter dans la rame et ceux qui resteraient à quai ! Comment garantirait-on en outre la sécurité des passagers ? Les incidents, les bousculades, voire plus se multiplieraient. Un tel projet est digne du royaume d'absurdie.

Quant aux mécanismes d’alerte, tels qu’envisagés notamment par la commission Mandelkern, ils ne permettent pas de résoudre le problème de la quantité de trains et de rame en circulation, sauf à admettre qu’ils visent à exercer des pressions pour que les agents n’exercent pas leur droit de grève, ce qui est inadmissible.

Tout cela est irréaliste et ne tiendra pas.

C’est par la négociation, le dialogue, qu’il faut éviter les conflits. Ils seraient sans doute moins nombreux si les agents des transports publics sentaient chez leur Ministre de tutelle une véritable volonté de bien doter et d’améliorer les services publics de transports en commun.

 

Délocalisations : il faut dénoncer clairement la logique de la mondialisation et de l’Europe libérales

 

 

Le Mouvement Républicain et Citoyen se félicite de l’annonce faite par Bernard Thibaud, secrétaire général de la C.G.T., d’une journée d’action contre les délocalisations le 21 octobre prochain. Il faut en effet une grande mobilisation populaire dans tout le pays.

 

Sans confondre ce qui relève de l’action syndicale et ce qui relève de l’action politique, le M.R.C. soutient cette initiative, tant les délocalisations sont alarmantes pour l’économie, l’équilibre territorial, et évidemment l’emploi. Le M.R.C. souhaite que tous les citoyens se mobilisent contre les délocalisations. A cet égard l’initiative de la C.G.T. est particulièrement heureuse.

 

Mais le M.R.C. appelle aussi les partis de gauche à combattre les délocalisation sur des bases claires : il faut dénoncer le dogme de la concurrence absolue, qui caractérise la mondialisation libérale et la construction européenne telle qu’elle se fait, et proposer de redonner aux responsables politiques les moyens juridiques de protéger nos industries, nos services, et nos emplois. Les autres partis de gauche sont-ils vraiment prêts à cet aggiornamento idéologique ?

 

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